À retenir
- Possessions en France restent soumises aux règles françaises ; un immeuble en Espagne sera traité selon le droit espagnol (ou le droit choisi via le règlement européen).
- Préparez-en deux : un « dossier successoral » (acte de décès, acte de notoriété, testament, apostilles, traductions) et assurez-vous que vos héritiers ont un NIE pour agir en Espagne.
- Impôts : vous pouvez avoir une déclaration à faire en France et en Espagne ; la taxe espagnole varie selon la communauté autonome et les conventions fiscales évitent en général la double imposition mais il faut faire les démarches pour en bénéficier.
- Faites un testament clair (ou deux testaments) et pensez au Certificat successoral européen — il évite beaucoup de blocages transfrontaliers.
Rappel utile : les procédures notariales et les services consulaires diffèrent selon le consulat et la communauté autonome (Catalogne, Valence, Andalousie n'appliquent pas exactement la même pratique). Vérifiez localement avant d’envoyer des originaux.
Réponse directe : oui, on peut mourir en Espagne et laisser des biens en France — mais les règles qui s’appliqueront dépendent du type de bien, de votre domicile au moment du décès, et du droit que vous avez éventuellement choisi par testament. Le plus courant : immobilier en France suit le droit français ; immobilier en Espagne suit le droit espagnol (avec des variations régionales) ; les actifs mobiliers peuvent être traités selon le règlement européen si vous l’avez choisi.
1) Qui décide : droit français, droit espagnol, ou votre choix ?
Voici comment ça marche concrètement. Trois critères entrent en ligne de compte :
- le lieu où se trouvent les biens (un bien immobilier est principalement régi par le droit du lieu où il est situé) ;
- votre domicile au moment du décès (résidence habituelle) ;
- le droit que vous avez choisi dans un testament valable pour l’Union européenne (règlement UE sur les successions transfrontalières).
Si vous êtes domicilié en Espagne au moment du décès, vos comptes bancaires, placements mobiliers et meubles peuvent être soumis au droit espagnol, sauf si vous avez expressément choisi le droit français pour votre succession (une option permise par le règlement européen). C’est une option à connaître et à utiliser en connaissance de cause : elle se fait par une clause dans un testament — demandez à votre notaire.
Autre chose : la succession immobilière est très territoriale. Une maison dans le Gard reste française, une maison à Barcelone sera traitée par le registre et le notaire espagnols. Et attention : certaines communautés autonomes (Catalogne, Baléares, Navarre, etc.) ont des règles successorales locales. Si vous possédez un bien en Catalogne, renseignez-vous sur le droit catalan via un notaire local (/fr/destinations/catalogne).
2) Démarches pratiques après un décès en Espagne — ce qu’il faut rassembler
Si un proche meurt en Espagne et qu’il laisse des biens en France, commencez par rassembler ces pièces (celles-ci sont demandées presque partout) :
- acte de décès espagnol (certificado de defunción) ;
- certificat de dernières volontés espagnol (Certificado de Últimas Voluntades) — il montre s’il existe un testament enregistré en Espagne ;
- copie du testament (si trouvé) ;
- pour la France : copie intégrale de l’acte de décès délivrée par la mairie française (si décès déclaré en France) ou acte traduit et apostillé s’il est espagnol ;
- acte de notoriété français ou acte de notaire prouvant la qualité d’héritier (le notaire français établira souvent un acte de notoriété) ;
- passeport/NIE des héritiers et leur preuve de lien (livret de famille, acte de naissance) ;
- récépissés de compte bancaires, titre de propriété, derniers avis d’imposition en France et en Espagne.
Précisions pratiques :
- les documents français devront généralement être apostillés (Cour d'appel qui a compétence en France) et traduits par un traducteur assermenté (traductor jurado) pour être acceptés devant l’administration ou le notaire espagnol ;
- les héritiers qui veulent vendre un bien en Espagne auront besoin d’un NIE : sans NIE, la banque espagnole ne vous laissera pas percevoir le produit de la vente ni signer l’escritura de compraventa — voyez la procédure pour obtenir un NIE si vos proches ne l’ont pas (/fr/visa-demarches/numero-nie-espagne-demarches) ;
- le notaire espagnol demandera souvent une « escritura de manifestación » ou un acte de notaire espagnol pour déclarer qui sont les héritiers et chanter l’acceptation de la succession.
3) Les impôts : où, quand, et comment éviter la double imposition
Il y a presque toujours au moins deux obligations fiscales : une en France et une en Espagne. Le point : la France taxe la transmission des biens situés en France, et l’Espagne taxe les successions des résidents mais aussi les héritages reçus sur son sol, selon la communauté autonome.
Concrètement :
- en Espagne, l’impôt s’appelle Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones et il est géré par les communautés autonomes ; les taux et abattements varient fortement selon la région — renseignez-vous auprès de la Diputación/Consejería fiscale locale et sur le site de l’Agencia Tributaria (agenciatributaria.es).
- en France, l’administration fiscale continue de vous réclamer les droits de succession sur les biens français et sur certains avoirs mobiliers ;
- la convention fiscale France-Espagne et les règles européennes évitent, en principe, la double imposition : soit la France accorde un crédit d’impôt, soit l’Espagne applique un mécanisme de déduction. Il faut toutefois déposer les déclarations et demander l’application des conventions — ça ne se fait pas automatiquement.
Astuce concrète : dès que vous avez le certificat de décès et la liste des héritiers, contactez un notaire en France et un notaire en Espagne — les deux travailleront ensemble pour éviter les doubles paiements. N’attendez pas six mois : en Espagne la déclaration fiscale de succession se fait généralement dans les six mois suivant le décès (vérifiez la durée exacte selon la communauté autonome), et beaucoup de services demandent cette preuve pour débloquer comptes ou biens.
